Une place à prendre
Perchée sur le toit de la grange, Popette, la petite chatte gardienne de la ferme de Beauséjour, observe ses habitants. Colette la poulette chahute et caquète avec ses copines Sidonie et Micheline. Elles s’amusent à taquiner Perly le renardeau qui rigole avec elles. Popette est heureuse de voir qu’ils sont devenus amis malgré leurs différences et leurs appréhensions du début.
Un peu plus loin, Josette et Augustine, les biquettes sont en train d’écouter Honoré, le vieux coq. Il agite ses ailes dans tous les sens. La petite chatte se demande ce qu’il peut bien leur raconter. Elle se laisse aller à son imagination quand soudain…un meuglement la sort de ses rêveries. C’est Coquelicot, l’une des trois vaches de la ferme. Elle est au bout du champ, proche de la barrière voisine et semble très agitée.
Sans réfléchir, Popette saute du toit de la grange et court vers Coquelicot, suivi de près par Perly. Arrivés à sa hauteur, ils entendent Tony, le taureau de la prairie d’à côté :
– Mais enfin, Coquelicot, tu sais comme moi qu’une petite chatte ne peut pas veiller sur vous aussi bien qu’un bon gros chien. Firmin, votre ancien gardien, c’était un vrai dur lui ! Pas une minette de pacotille !
– Maieuhhhhhhhhhh, s’énerve la vache. Tu te crois malin avec tes gros muscles ?
À ces mots, Tony bombe le torse et se rapproche de la barrière comme pour en découdre avec Coquelicot.
– Ça suffit, crie Popette. Mais qu’est-ce-qui vous prend ?
– Tiens, la minette ramène sa fraise, se moque le taureau !
– Tu vas te calmer, je ne t’ai rien fait, reprend la chatte.
– Tony prétend que tu n’es pas digne de notre ferme car tu n’es qu’une petite chatte sans force et sans caractère pour nous défendre, explique Coquelicot.
– Fais attention à ce que tu dis, espèce de steak haché sur pattes, lance Popette très en colère.
– Stop! Tout le monde se calme, dit Perly le renardeau qui observe la scène depuis tout à l’heure. Peu importe qu’on soit une petite chatte ou un gros chien, une vache ou un taureau, une brebis ou un mouton, vous ne croyez pas !
Tony n’est pas convaincu par ces propos. Quand à Popette, elle insiste :
– Désolée de te contredire, mais j’ai plus de force que ce bœuf de foire.
– Que tu crois ! lui répond effrontément le taureau.
– D’accord, puisque c’est comme ça, rendez-vous cette après-midi au même endroit pour des olympiades qui sauront nous montrer lequel de vous deux est le plus costaud, propose le renardeau avec son air rusé.
Et c’est ainsi que quelques heures plus tard, tous les animaux de la ferme se retrouvent pour soutenir leur héroïne, Popette. Tous l’encouragent :
– Vas-y Popette, tu es la meilleure, s’exclame Sidonie la poulette en applaudissant de toutes ses plumes.
– Popette, super chouette, tout Beauséjour est avec toi, ajoute Coquelicot en balançant sa queue de droite à gauche.
La petite chatte se dandine en passant devant ses amis. Elle arrive devant la clôture qui la sépare de Tony, qui la regarde droit dans les yeux de son regard le plus noir.
Perly, en maître de cérémonie annonce :
– Mesdames et Messieurs, bienvenue aux premiers jeux olympiques dans le pré. À ma droite derrière la barrière, Tony le taureau affrontera Popette la chatte, située à ma gauche, dans trois épreuves : la force, l’agilité et la devinette. Tony, Popette, saluez-vous. Je déclare les premiers jeux olympiques dans le pré ouverts.
– Cocorico, chante Honoré, que le meilleur gagne !
Pour commencer, les concurrents doivent déplacer des trois bottes de foin en un temps record. Perly chronomètre. Trois, deux, un, c’est parti : Alors que Tony n’a aucune difficulté, la chatte a du mal à pousser ces gros tas très lourds avec ses petites pattes. En quelques secondes à peine, le taureau a terminé. Le renardeau annonce la fin de la première épreuve :
– Et c’est une première victoire de Tony. Bravo, tout le monde l’applaudit.
– Ouh !!!!! font les poulettes pas très fairplay.
– S’il vous plait, Sidonie, Colette et Micheline, ne soyez pas mauvaises joueuses, leur demande Perly. Tout de suite, la seconde manche. Vous devez tous les deux, chacun à votre tour, sauter par-dessus de la clôture deux fois.
– Tu sais bien que je n’y arriverai jamais, s’exclame le taureau.
– On se dégonfle, Monsieur plus fort qu’une simple minette ? le provoque Popette.
Tony n’aime pas du tout qu’on se moque de lui.
– À mon signal, c’est Popette qui commence. Une, deux, trois, vas-y, lui ordonne Perly.
Sans aucun problème, la petite chatte saute avec grâce d’un côté et de l’autre des barrières. Quand le tour du taureau arrive, il prend son élan et au moment de s’envoler dans les airs, il s’écrase contre le bois de la clôture. Il se relève en boitant. Les animaux de la ferme de Beauséjour rigolent tous sauf la petite chatte.
– Ça va ? demande Popette inquiète.
– Pfffffff, souffle le taureau vexé.
– Et la seconde épreuve est remportée par Popette qu’on encourage bien fort, crie Perly.
Tout le monde hurle de joie, mais la petite chatte n’est pas aussi heureuse qu’elle ne devrait l’être. Elle a de la peine de voir que Tony est blessé à la jambe mais aussi dans son cœur. Pourtant, elle ne montre rien car elle veut garder sa fierté et prouver qu’elle est assez forte pour mériter sa place de gardienne de la ferme de Beauséjour.
– Nous voici à l’épreuve décisive : la devinette, annonce Perly. Vous me donnerez chacun votre réponse à l’oreille. C’est Tony qui commence. Voici la question : selon toi, qui mérite de gagner ?
Tony reste muet. Il ne répond pas. Le renardeau se tourne alors vers Popette, qui baisse le regard.
– Vous voilà bien muets tous les deux, dit Perly.
– Je veux bien admettre que Popette est agile. Mais je suis quand-même très costaud, reprend le taureau.
– Tony n’a pas de difficultés pour déplacer des choses lourdes, c’est vrai. Mais je suis très habile et souple, répond la petite chatte.
Honoré le coq, très sage leur fait remarquer la chose suivante :
– Vous formez donc une bonne équipe, vous êtes complémentaires. Chacun ses forces et ses faiblesses. Tout le monde a sa place et peut aider son voisin.
– Je crois bien qu’il a raison, admet le taureau qui continue de boiter.
– Tu veux que je te mette un pansement ? lui demande Popette.
Après une fin d’après-midi pleine d’émotions, tous les animaux retournent à leurs occupations. C’est aussi le moment où Perly et Popette se retrouvent enfin seuls.
– Merci pour aujourd’hui, dit la petite chatte. Sans toi, je n’aurais jamais compris que la force peut aussi venir du cœur. Et toi, c’est quoi ta force ?
– Moi ? Je suis très malin, lui répond le renardeau en lui souriant.

