Une rencontre inattendue
À la ferme de Beauséjour, tous les animaux vivent en parfaite harmonie. Depuis que Firmin, le vieux chien de berger a pris sa retraite, c’est Popette la petite chatte espiègle aux yeux rieurs et à la tâche en forme de cœur sur le ventre qui s’occupe de veiller sur la basse-cour et l’étable.
Au début, les animaux étaient réticents que ce petit chat à l’air inoffensif remplace ce bon vieux Firmin, mais ils se sont très vite aperçus que Popette prenait son rôle très à cœur et qu’avec elle, il n’y avait rien à craindre. C’est une guerrière, qui n’a peur de rien, surtout lorsqu’il s’agit de prendre soin de ses nouveaux amis.
Aujourd’hui et comme chaque matin, Honoré le coq chante pour réveiller tout ce petit monde et la journée de Popette commence : un petit tour pour saluer Coquelicot, Marguerite et Pâquerette, les jolies vaches brunes et blanches, puis un câlin aux biquettes Josette et Augustine, avant d’aller écouter les derniers caquètements des poulettes, Sidonie, Colette et Micheline.
« La journée commence bien » pense Popette. Le soleil brille, les oiseaux chantent et chacun est à sa tâche : les vaches ruminent dans le pré, à côté des chèvres qui gambadent. Les poules, quant à elles, couvent leurs œufs dans le poulailler à l’abri des regards indiscrets tout en bavardant si fort que tout le monde les entend. Honoré le coq s’éloigne le plus loin possible de ces piaillements car il aime être seul.
« Et si j’allais chasser quelques souris pour me dégourdir les pattes », se dit notre intrépide chatte. Alors qu’elle se met en route vers la grange, elle entend soudainement Micheline, la poulette à houppette hurler : « Cotcot Popette !!! Un intrus, vite dépêche-toi ». Sans réfléchir, Popette se met à courir de toutes ses forces. En arrivant devant l’enclos de ses amies à plumes, elle se retrouve face à un petit renard.
– Je l’ai entendu grogner depuis notre poulailler, rapporte Sidonie.
– Il veut nous dévorer, ajoute Micheline avec effroi.
– Même qu’il va aussi nous voler nos œufs, continue Colette en battant des ailes tout affolée.
– Du calme Mesdames, du calme, reprend Popette.
Et tout en fixant le petit renard, notre courageuse chatte lui dit très sérieusement :
– Tu sais ce qui arrive aux animaux sauvages qui osent nous embêter chez nous à la ferme ? Je les chasse à coups de griffes.
Le renardeau se tait et baisse la tête. Honoré le coq, intrigué et curieux, se rapproche pour observer la scène. Popette continue :
– Si tu cherches la bagarre, tu vas la trouver ! Je suis ceinture noire de Charaté.
Le renard ne répond pas et des grosses larmes coulent sur son beau pelage roux.
– Cocorico, stop ! ordonne Honoré. Ne vois-tu pas que tu lui fais peur ? Laissons-le au moins nous expliquer pourquoi il est là. Alors ? dit le coq en bombant le torse pour se donner du courage.
– Alors ? renifle le renardeau. Je ne veux manger ni voler personne. Je voulais juste trouver un peu de compagnie.
– Tu as tout ce qu’il faut dans ta forêt : d’autres renards, des belettes, des hiboux ou des biches, s’agace Popette. Il n’y a pas de place ici pour les animaux sauvages.
– Très bien, reprend le petit renard en sanglotant. Je m’en vais. Pardonnez-moi de vous avoir dérangé, je ne recommencerais plus, promis.
Et tout en s’éloignant, il jette un dernier regard à Popette et ses amis puis il déclare :
– Vous avez beaucoup de chance d’être ensemble et d’être si bien protégés. Adieu.
Les poulettes repartent aussi vite couver leurs œufs et Honoré retourne à ses occupations. Quant à Popette, elle se sent mal d’avoir été si dure avec ce petit animal qui semblait si triste. Alors, sans réfléchir, elle se met à courir pour le rattraper :
– Attends, attends ! crie-t-elle. Tu ne m’as pas dit comment tu t’appelles ?
Surpris, le renardeau s’arrête et lui répond :
– Je m’appelle Perly. Et toi ?
– Moi, c’est Popette. Tu peux m’expliquer pourquoi un petit renard comme toi se balade seul ? Tes parents doivent te chercher, non ?
– Je n’ai pas de famille. Et la forêt me donne la frousse.
– Désolée, répond Popette attristée par ses confidences. Pourquoi tu as peur ?
– Il fait trop sombre dans la forêt. En plus, il y a le loup qui y vit. Et puis, les autres animaux me trouvent bizarre car je n’aime pas chasser et je ne mange pas de viande.
– Même pas un mulot de temps en temps ? interroge Popette.
– Même pas. Je préfère les mûres.
– Les murs ? Mais il n’y a pas de murs dans la forêt et puis, tu dois te casser les dents sur les briques.
Perly éclate de rire et dit :
– Pas les murs des maisons. Les mûres, ce sont des fruits qui ressemblent à de grosses framboises noires. C’est délicieux. Tu devrais y goûter.
– Peut-être que tu pourrais me faire goûter à l’occasion ? interroge la chatte.
– On verra bien. Je ne sais pas si on se reverra un jour toi et moi, réplique le renardeau avec des larmes dans la voix.
Au même moment, non loin de là, à la lisière de la forêt, un buisson se met à grogner. C’est Patapouf le sanglier qui a tout entendu. Il se moque :
– Alors le rouquin, on pleurniche encore ? Pas capable de chasser, juste bon à pleurer. Décidemment, tu n’es pas digne de notre forêt !
– Tu veux que je te fasse une prise de Charaté, espèce de grosse bête poilue ! Si tu continues, je te transforme en brosse à cheveux, s’énerve Popette.
– Oula, la minette s’agace. Je préfère rentrer chez moi que de continuer à assister à ce spectacle désolant.
Et sur ces mots, Patapouf s’engouffre dans les bois, en dandinant son gros popotin. Un long silence s’installe alors jusqu’à ce que Popette brise le silence :
– Tu as des rêves dans la vie ?
– Je n’ai pas de grands rêves, tu sais. Juste pouvoir partager des fruits et du temps avec des amis, comme une famille que je me serais trouvé.
Popette qui a un grand cœur ne peut supporter l’idée d’abandonner ce joli petit renard.
– Suis-moi, lui dit Popette.
– On va où ? interroge Perly en courant derrière sa nouvelle amie.
Quelques minutes plus tard, les voici de retour à la ferme. Popette monte sur le toit de la grange et demande à Perly de se cacher derrière.
– Ecoutez-moi tous, crie la chatte. J’ai quelque chose d’important à vous dire.
Tous les animaux de la ferme se réunissent et lèvent la tête en direction de Popette.
– Meuh qu’est-ce qu’elle va encore nous inventer ? beugle Coquelicot, la vache.
– Je crois qu’on va avoir des surprises, reprend Augustine la chèvre curieuse. Je l’ai vu au loin parler avec le renardeau qui a tenté d’entrer chez les poulettes.
– Oh non, mes œufs ! s’inquiète à nouveau Colette.
– Chut ! ordonne Honoré. Écoutez donc Mesdames au lieu de bavasser.
Après avoir attendu que le calme revienne, Popette raconte :
– Vous vous souvenez lorsque Firmin est parti en retraite et que je suis arrivée pour le remplacer ? Vous pensiez tous qu’une chatte n’arriverait jamais à vous protéger et à veiller sur vous. Pourtant, très vite, vous avez changé d’avis et nous sommes devenus plus qu’une équipe. Nous sommes devenus une vraie famille. Alors, aujourd’hui, j’aimerais que l’on donne cette même chance à mon nouvel ami, Perly… Perly, tu peux sortir de ta cachette ?
A ces mots, le petit renard montre son museau aux autres animaux.
– Et s’il me mange pendant mon sommeil ? s’agace Micheline.
– Et bien, ça fera une râleuse en moins à la ferme, reprend Honoré en rigolant. Et tout le monde se met à rire avec lui.
Popette redescend du toit de la grange et va retrouver Perly.
– Tu vas voir, tu vas être bien ici, dit Popette. Et puis, les poulettes vont vite t’adopter même si elles font leur mauvaise tête. On a tous notre place quelque part et je crois bien que tu as trouvé la tienne aujourd’hui.
– Je ne sais pas comment te remercier, reprend le renardeau.
– En ne révélant jamais mon secret, répond Popette.
– Ton secret ? Mais quel secret ? demande Perly.
– Je n’ai jamais fait de Charaté, réplique la chatte en faisant un clin d’œil à son nouvel ami.

