Spikette est une maman comblée. Elle adore prendre soin de ses cinq choupissons trop mignons. Tous les jours, c’est la même chose : après un bon petit-déjeuner à base de limaces, elle leur fait l’école. Et comme ses petits polissons ne tiennent pas en place, l’après-midi, elle les emmène en balade à travers les forêts et les champs : ils font connaissance avec les autres animaux qui peuplent les sous-bois et rencontrent des tas d’amis.
Spikette prend son rôle de maman très à cœur et elle chérit ses enfants. Pourtant, dès que ses hérissoneaux dorment, son imagination la rattrape. Elle aime sa vie bien sûr, mais elle ne peut s’empêcher de rêver d’aider les oiseaux à construire leurs nids le printemps venu. Elle se voit aussi bâtir des barrages avec les castors ou encore être guide des bois pour les animaux de passage. Elle ne manque pas d’idées. Mais son rêve le plus fou, son plus grand secret, est d’accompagner le lapin de Pâques dans sa mission de distribution de chocolats pour faire plaisir à tous les enfants.
Un soir, au moment de mettre ses choupissons au lit, l’un d’entre eux, le plus malin appelé Fripouille, lui pose la question suivante :
– Dis, Maman, est-ce qu’on pourrait faire l’école buissonnière demain pour partir à l’aventure ?
– En voilà une idée, répond Spikette.
– S’il te plait, s’il te plait, répètent en chœur ses cinq adorables petits hérissons en la regardant avec des yeux charmeurs.
Elle ne peut résister à leurs frimousses et finit par accepter :
– D’accord, mais promettez-moi de bien m’écouter et de ne pas faire trop de bêtises demain.
– Youpi, sautent-ils tous de joie.
– Au dodo maintenant. Bonne nuit mes amours.
Ce qu’elle ignore, c’est que Fripouille et ses frères lui réservent une surprise. Ils connaissent le secret de leur maman, car Spikette parle en dormant ! Lors de leur promenade quotidienne cet après-midi-là, ils ont surpris la conversation de Gégé l’écureuil et de son cousin :
– Tu sais que le lapin de Pâques commence à s’échauffer pour sa tournée. Si tu veux, on peut aller le voir demain, il parait que c’est spectaculaire, dit Gégé.
– Je veux ! Ça se passe où ? répond son cousin.
– Près du grand chêne, à côté du ruisseau.
Ce n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd : Fripouille le choupisson réussit à convaincre ses frères d’y emmener Spikette pour qu’elle rencontre la légende qu’elle admire tant et qu’elle envie un peu aussi.
Le lendemain matin, il fait beau et Spikette a préparé un délicieux pique-nique. C’est la journée idéale pour partir en exploration.
– C’est parti pour l’aventure ! dit la maman hérisson.
– Et si on allait près du ruisseau pour faire une bataille d’eau ? propose Fripouille.
Toute la petite famille se met en route en chantant. Alors qu’ils approchent du fameux ruisseau, Spikette aperçoit une silhouette qui gesticule dans tous les sens sous le grand chêne. Elle plisse ses yeux et le reconnait immédiatement : mais oui, c’est bien lui…le célèbre lapin de Pâques ! Ses enfants la regardent en attendant une réaction. Comme elle semble muette, Fripouille et ses frères crient :
– Surprise !
– Ça alors, pour une surprise, c’est incroyable, finit-elle par dire. Mais comment est-ce possible ?
Les choupissons lui racontent comment ils ont découvert son secret et ils lui parlent de la conversation de Gégé avec son cousin. Elle est émue et reconnaissante d’avoir des enfants si débrouillards, bienveillants et généreux. Elle se dit qu’une occasion pareille ne se présenterait pas deux fois. Alors, elle prend son courage à deux mains et dit à ses hérissons :
– Allez-vous amuser, mais ne vous éloignez pas trop. Je reviens. J’ai quelque chose de très important à faire.
Les hérissonneaux sont tous fiers du courage de leur maman et l’observent au loin. Elle inspire profondément, puis se dirige en direction du grand chêne où le lapin de Pâques fait des pompes.
– Excusez-moi, fait Spikette.
Le lapin de Pâques s’arrête net et tout en se relevant dit :
– Vous voulez un autographe ? Je n’ai pas de stylo sur moi. Je m’entraîne au cas où vous n’auriez pas remarqué.
– Mais pas du tout ! Que voulez-vous que j’en fasse ?! Je suis ici pour vous proposer quelque chose.
– Je vous écoute, réplique Léo avec curiosité.
– Voilà, je m’appelle Spikette. Je me disais que votre métier était passionnant. Mais faire ça tout seul, c’est certainement très fatigant. Aussi, je vous propose mon aide. Je ne suis pas très rapide mais je suis très motivée.
Léo éclate de rire.
– Qu’y-a-t’il de si drôle ? fait remarquer Spikette.
– Pardon ma p’tite dame, mais c’est un boulot de lapin, pas un loisir de maman à la recherche de sensations. Dans ma famille, on est lapin de Pâques de père en fils. C’est la tradition. Et on s’entraîne dur pour cela.
– Et bien, je trouve ça triste que vous soyez aussi fermé d’esprit chez « les lapins de Pâques de père en fils » ! répond notre Spikette piquée à vif. D’ailleurs, vous aimez votre métier ou c’est juste parce que c’est la tradition ?
Léo ne répond pas et détalle à toute allure. Spikette est déçue mais ne montre rien à ses enfants qui, de loin n’ont heureusement rien entendu à la conversation. Elle va les rejoindre pour jouer avec eux.
L’histoire pourrait s’arrêter là, mais c’est sans compter sur Albertine la chouette, qui du haut de sa branche sur le grand chêne, a tout entendu. « Pauvre gentille hérissonne, pensa-t-elle. Et quel lapin prétentieux ! Il faut que je retrouve Léo et que j’essaie de lui parler. ». Albertine est une chouette vraiment très chouette et cherche toujours à rendre service. Elle déploie ses ailes et survole la forêt à la recherche du lapin de Pâques. Elle ne met pas longtemps à le retrouver. Il est de nouveau en train de faire sa gymnastique. Elle se posa à côté de lui et lui dit d’un ton sec :
– Tu pourrais au moins lui accorder sa chance.
– De quoi tu me parles, Albertine ? De la hérissonne qui croit qu’elle peut faire le travail d’un lapin ?! Chacun sa place.
– Je te trouve injuste. Après tout, pourquoi une hérissonne ne pourrait pas faire la joie des enfants à Pâques ? En plus, elle te propose de t’aider, pas de te remplacer. C’est généreux de sa part, argumente la chouette.
– Fiche-moi la paix, j’ai à faire, répond le lapin de Pâques agacé.
– Comme tu voudras, mais rappelle-toi d’une chose Léo. Peu importe qu’on soit un lapin ou une maman hérisson, nous sommes tous égaux dans cette forêt. Et les traditions ne sont pas toujours bonnes. Un peu de modernité et d’ouverture d’esprit te rendraient plus agréable. Si les enfants connaissaient ta vraie nature, ils t’apprécieraient beaucoup moins.
Et Albertine s’envole laissant Léo seul face à lui-même. Au fond de lui, il sait que la chouette a raison. Lui aussi possède d’ailleurs un secret que tout le monde ignore : il perpétue la tradition pour faire plaisir à son père et ne pas le décevoir. Au fond de lui, le lapin a envie d’autre chose. Mais il préfère ne pas trop y penser car il doit faire la fierté de sa famille, tant pis pour ses rêves à lui !
Il marche plusieurs heures en réfléchissant aux paroles d’Albertine : « c’est vrai qu’un peu d’aide serait la bienvenue. Peut-être que Spikette pourrait apporter des chocolats aux enfants les plus proches du bois. Quant à moi, je pourrai aller beaucoup plus loin et en profiter pour prendre le temps découvrir enfin le monde ! ». Rien que d’y penser, il sourit tout seul. Alors, il se met à courir jusqu’au grand chêne pour retrouver la chouette.
– Albertine, crie-t-il de toutes ses forces. Albertine, tu es là ? Réponds !!
– J’arrive, dit-elle et elle se pose à côté de Léo.
– Où habite Spikette ? Je dois lui parler.
Albertine, la chouette et Léo le lapin de Pâques se dirigent vers la petite maison des hérissons.
Quand Spikette est rentrée chez elle ce jour-là, elle ne chante plus sur le chemin. Et même si elle a raconté que le lapin de Pâques a été très gentil avec elle, Fripouille et ses frères ont remarqué la tristesse dans ses yeux. C’est pour ça que quand Léo toque à sa porte, tous ses choupissons restent derrière elle pour montrer qu’ils sont une famille soudée.
– Spikette, je voulais m’excuser pour mon comportement. Je me sens nul. Et je crois que tu as raison : on pourrait former une super équipe tous les deux. A condition que tu veuilles toujours m’aider ?
Spikette n’en croit pas ses oreilles. Le lapin de Pâques en personne lui propose de travailler à ses côtés. Elle ne met pas beaucoup de temps à accepter.
– Marché conclu, monsieur le lapin de Pâques, mais à une condition.
– Laquelle ? reprend-il un peu embarrassé.
– Commencer par me donner ton prénom ! dit malicieusement la maman hérisson en riant.
Et voilà comment Spikette et Léo décident de préparer Pâques ensemble. Alors cette année, guette bien ton jardin, car on ne sait jamais… Il se peut qu’une petite maman hérisson, qui a bousculé les traditions, passe par chez toi pour y déposer tes chocolats préférés.

